Poids et légereté

Je franchis la porte, je pars le cœur frais. Avec mes chaussures de marche, mon duvet dans le sac, et ma cape de pluie, j’irai au bout du monde ! Yallah !

Quelques heures plus tard, me voilà le nez dans la forêt ; le chemin sinue, il monte raide, je sue. Difficile d’estimer ce qu’il reste de montée car la végétation masque l’arrivée... Une chose est sûre, je n’ai jamais été aussi près... Chaque pas me hisse un peu plus haut...
Tout ce qui tient dans mon sac à dos : poids sur les épaules.
Mais l’eau de ma gourde sortie de ce dit-sac à dos : palais enchanté, légèreté.

 
Puis parvenue au col, reçue d’un coup par une déferlante de vent, au bord des falaises qui dominent la montée, je regarde en-contrebas :
Canopée d’arbres vert tendre : léger léger...
Mais l’appui que je dois faire pour résister à la poussée du vent : poids sur la terre, pesée...
 

Puis après une nuit dans une cabane, avoir la journée devant soi pour parcourir les hauts plateaux du Vercors, avec le vent dans les chevilles... Il y a névés et fin d’hiver, tapis de crocus et jonquilles... Je regarde en l’air :
Énormes masses de nuages qui grondent dans le ciel : mastodontes de coton : poids de taille…
Mais passereaux rieurs qui voltigent et bondissent : oh légèreté... !
 

Vent, chaleur, eau, nuages, passereaux rieurs : à la fois palpables et matériels, fugaces et inaccessibles, comme mes pas, en plein cœur de la vie et de la loi des relatives qualités...