La patience des jours

 
Chez moi il y a une forêt. Pas très grande, mais des chênes, des alisiers, des châtaigniers, des cerisiers, et l’humus noir forestier, avec ses branches en travers, son humidité. Une forêt. Avec ses tous jeunes arbres aux troncs tout fins et trois feuilles, à peine sortis, et quand je les regarde je me dis : quelle insolente ambition ! quelle énergie mise au service du hasard et de tout ce qui peut arriver !
Au-dessus d’eux il y a quelques vieux grands-pères, des chênes avec un bon tour de taille et un sacré feuillage, qui me font penser : quelle montagne de chance ! quelle force acquise par juxtaposition de secondes, de minutes, de jours durs et faciles, de cumul d’une variété infinie de petits aujourd’huis… !

Parfois je plonge dans ma forêt par besoin d’un exemple, d’un appui. L’intuition que là-bas je pourrais trouver des grandes lignes qui m’expliquent la vie...
Et aujourd’hui, ce que ma forêt aurait à me m’enseigner, je m’imagine que ce serait quelque chose comme : aie la patience des jours petite, sois gonflée d’ambition et de bonne étoile, tout en te rappelant de ne pas compter sur un résultat. Fais ce que tu as à faire, et laisse la part belle au soleil, aux énergies de la pluie, des orages, du travail des racines, du monde souterrain, et de tout ce qui échappe à ta volonté, à tes mains...