Comme fleuve qui coule

Qu’est-ce que la vie courante ?
La vie où l’on coure ?
La vie qui court (et que l’on poursuit ?) ?
La vie tout court ?

La vie courante... le langage courant... les choses courantes de la vie courante... Ce qui à cours, couramment, ce qui est couramment dit, fait ou admis...

J’ai longtemps associé à ce qu’on appelle « la vie courante », une connotation plutôt restreinte, ennuyeuse et négative. Pour moi la vie devait être tout sauf courante, elle devait être extraordinaire, sortir du moule, pour être réellement embrassée et vécue ! Je devais m’extraire des chemins battus, aller au devant de mes rêves et vers des expériences inédites et intenses, pour déjouer le ronron endormeur de la vie dite « courante »....

Aujourd’hui je tente une nouvelle piste ! Cette vie courante je la rapproche de l’expression « cours de la vie », ce qui l’éclaire d’une toute autre façon...
Le cours de la vie comme le cours d’une rivière ou d’un fleuve, qui passe et serpente, simple et puissant, dépouillé et mouvant.
La vie courante comme une vie en mouvement, qui coule et épouse les reliefs, les simples contours d’un tracé, non dénué d’accidents, de renouvellement, d’inventivité et d’esprit de voyage.

Inscrire le yoga dans la vie courante, ce n’est pas, à mon sens, faire une pratique quotidienne et répétitive, c’est : écouter le cours de la vie, ouvrir les yeux sur ce qui coule en nous.

Si la pratique des postures nous mène ici, à une appétence et un désir pour cette vie brute, pulsatoire et concrète qui nous habite et vrombit, alors la vie courante s’élargit, et s’imprègne peu à peu d’instants extraordinairement ouverts. Elle prend une course aussi émouvante, réjouissante et vraie qu’un fleuve qu’on contemple. Et si tout était là, sous nos yeux ? Et si tout était dans notre regard, et le dépouillement ?